Des îles dans l’histoire (II)

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Les îles Pontines.

Un article de Brigitte Marin.

 

Pointes avancées des dominations territoriales, comme en témoignent les fortifications anciennes de leurs reliefs, les îles furent le décor de grandes batailles navales qui marquèrent le cours de l’histoire méditerranéenne.
Palmarola, aujourd’hui réserve naturelle, tire son nom du palmier nain (Chamaerops humilis) qui pousse sur ses pentes à pic, dont la limite nord connue à ce jour se situe à Cerboli (archipel toscan). Aussi l’équipage y fait-il une halte pour des relevés naturalistes sur quelques petits îlots qui l’entourent. C’est à proximité qu’en 1757 la flotte napolitaine – Charles de Bourbon, souverain de Naples à partir de 1734, était entré en possession de l’archipel des Pontines hérité de sa mère, Elisabeth Farnèse –, soutenues par des galères pontificales et maltaises infligèrent une défaite aux navires ottomans, assurant ainsi une nouvelle tranquillité à ces eaux, condition pour leur repeuplement.

En effet, ces îles avaient été très anciennement occupées, depuis le néolithique, et d’abord par les Volsques dans l’Antiquité. Escales commerciales pour les Phéniciens, puis colonisées par les Grecs, elles furent aussi fréquentées par les Romains, à la fois comme lieu de villégiature et de confinement. A Ponza, les restes de villas romaines, comme celles du Ier siècle situées sur la colline de la Madone, un aqueduc et les citernes nécessaires dans une île privée d’eau, sont autant de témoignages de ces installations antiques. Le nom même de Ponza dériverait du reste du grec Pontos, la mer, à la fois puissance naturelle et divinité primitive, engendrée selon la mythologie, au commencement de l’univers, par Gaia, la terre, « le plancher du monde », et par Ouranos, le ciel. Si au Moyen Âge une certaine prospérité est entretenue dans cette île, la plus grande de l’archipel, par les moines bénédictins, puis cisterciens, des incursions barbaresques répétées désolent les lieux : celle de Barberousse en 1534, de Dragut en 1552 restent les plus fameuses, mais le XVIIe siècle en connut encore. Les habitats creusés dans la roche à Palmarola servaient de refuge lors de ces épisodes.
On doit donc aux Bourbons une exploitation plus intense des îles Pontines avec, sous Ferdinand IV, dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, une colonisation, d’abord par un premier groupe de familles venues d’Ischia, puis par des habitants provenant de Torre del Greco, à proximité de Naples. Une centaine de forçats furent employés aux travaux publics, notamment des fortifications et du port, sur l’emplacement de celui, bien conservé, du port antique romain.
Avec le pénitencier de l’îlot de Santo Stefano près de Ventotene, construit à la fin du XVIIIe siècle, et le confinement à Ponza des opposants au régime fasciste à partir de 1928 (parmi lesquels des protagonistes de premier plan de la république italienne après-guerre), avant que Mussolini lui-même n’y soit emprisonné entre juillet et septembre 1943, l’isolement maritime prend ici le visage de la réclusion carcérale, une dimension profonde, de longue durée des cultures insulaires en Méditerranée, sans doute encore trop peu étudiée.

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