Synthèse de la table-ronde à Naples

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Table ronde  « Les patrimoines littoraux face aux risques : évaluation, gestion, perspectives / Il patrimonio litorale a rischio : valutazione, gestione e prospettive », 20 octobre 2015.

Une synthèse de Sylvie Laurens

 

Avec la participation de : E. A. Stanco (Surintendance archéologique de la Campanie), L. M. Rendina (Università di Tor Vergata), A. Bertini (CNR, ISSM) ; O. Crouteix (Conservatoire du Littoral), M. A. Di Vito (Osservatorio vesuviano), S. Porfido (CNR, IAMC, Dipartimento Scienze del Sistema Terra e Tecnologie per l’Ambiente).
Modératrices : Claude Pouzadoux (Centre Jean Bérard, CNRS-EFR), Brigitte Marin (Maison méditerranéenne des sciences de l’homme, AMU-CNRS)
Cette table ronde, réunissant huit spécialistes issus de diverses disciplines, se proposait de confronter et de croiser les regards scientifiques autour d’une problématique commune : les patrimoines littoraux face aux risques. Les huit communications, largement illustrées d’exemples concrets, ont été suivies de fructueux échanges à l’issue de chacune des trois thématiques abordées : 1. Patrimoine archéologique littoral sous-marin  – 2. Patrimoines naturels et conservation de la biodiversité  – 3. Risques sismiques et transformation des paysages littoraux.

Nous vous livrons ici les conclusions et les messages de sensibilisation qui ont clôturé cette après-midi de débat.

« Le choix qui a été fait de la confrontation de diverses disciplines, d’expériences régionales et nationales, françaises et italiennes, s’est révélé un choix pertinent et fructueux. Puisse-t-il augurer de nouvelles recherches transdisciplinaires et de la mise en œuvre de décisions utiles et nécessaires » (Claude Pouzadoux, directrice du Centre Jean Bérard)

Les orateurs étaient invités à conclure la table ronde tour à tour par un message personnel de sensibilisation.

Luciano Maria Rendina
Le constat : une activité humaine irraisonnée sur les territoires à risque. Les traces du passé montrent près de 10 000 ans d’utilisation diffuse du territoire ; on doit en garantir la conservation par des techniques modernes peu invasives. Ces témoignages archéologiques doivent inciter les populations contemporaines à faire le choix d’une activité humaine adaptée au territoire.
Le message : tirer les leçons du passé, effectuer un catalogage rationnel et informé des risques, être capable de prospectives.

Antonio Bertini
Le constat : une absence criante de collaboration entre les chercheurs et les structures en charge de la planification et de la gestion des territoires.
Le message : faire valoir les résultats scientifiques auprès de ceux qui détiennent le pouvoir de mettre en œuvre les politiques adéquates, valoriser les résultats des études.

Mauro Antonio Di Vito
Le constat : l’absence de communication avec le législateur : il conviendrait d’inverser le processus et de préférer au ‘top-down’ actuel un processus du bas vers le haut, pour une meilleure connaissance des territoires, et un partage avec les communautés locales. On s’obstine notamment à construire des habitats dans des lieux à haut risque connu, ce qui est une grave erreur.
Le message : connaître et faire connaître les risques de telles activités humaines, promouvoir la connaissance des phénomènes, même ceux qui sont lents, éduquer… Trois mots clés : connaissance, information, éducation.

Sabina Porfido
Le constat : l’absence de pont entre recherche et politique. La classe politique et les décideurs devraient avoir des connaissances plus étayées sur des éléments essentiels comme le paysage et la culture, pour mieux les prendre en considération.
Le message : éduquer et sensibiliser le monde politique ; faciliter la réception de l’information.

Orianne Crouteix
Le constat : Les petites îles constituent des territoires fragiles. Il convient d’utiliser ces sites comme zones de protection. De nombreuses actions de sensibilisation sont dirigées vers les jeunes, mais ces derniers n’ont pas de pouvoir de décision aujourd’hui. Les actions déterminantes doivent venir du monde politique car le pouvoir d’agir est entre les mains des générations qui administrent et gouvernent.
Le message : obtenir de la classe politique des décisions fortes dans le domaine des risques et de la protection.

 

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Le Centre Jean Bérard, à Naples

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Le Centre Jean Bérard, partenaire de Sillage.

Un article de Claude Pouzadoux.

 

Le Centre Jean Bérard a été créé en 1966 par Georges Vallet pour promouvoir les recherches sur l’histoire et l’archéologie de la Grande-Grèce, et plus particulièrement sur la colonisation grecque. Il porte le nom d’un historien et archéologue français qui apporta une des premières contributions majeures à l’histoire de la colonisation grecque en Occident, notamment par la publication des légendes liées à leur origine. D’abord rattaché au Ministère des Affaires Étrangères, le centre est devenu en 1999, une Unité Mixte de Service du CNRS et de l’École française de Rome. Alors que sa mission première était d’aider les spécialistes de l’Italie du Sud, il s’est vu reconnaître en 2008 la possibilité de mener des recherches propres en accord avec ses tutelles, avec le statut d’Unité de Service et de Recherche.

En sa qualité d’acteur reconnu de la recherche française à Naples et dans le sud de l’Italie depuis près de 50 ans, non seulement pour la période antique, mais aussi sur la longue durée, et parce que son cœur de métier est d’étudier l’histoire des migrations en Méditerranée, des échanges commerciaux et des contacts entre cultures nés de la fondation de villes sur les côtes de l’Italie du Sud et de la Sicile, le Centre Jean Bérard soutient l’expédition maritime pluridisciplinaire Sillage-Odyssée et participe à plusieurs de ses actions :
rédaction d’articles sur les mythes dans les Champs Phlégréens, sur la ville de Cumes, sur l’expédition de Victor Bérard ;
co-organisation de la table ronde du 20 octobre 2015 à Naples sur « Les patrimoines littoraux face aux risques : évaluation, gestion, perspectives ».

Le programme du Centre Jean Bérard est structuré en deux axes principaux, Histoire et archéologie de la colonisation grecque et Histoire de l’économie et des techniques dans l’Italie antique, ce qui le conduit à intervenir sur quelques-uns des plus grands sites du sud de l’Italie : Cumes, Pompéi et Paestum.
Les services qu’il rend aux étudiants et aux chercheurs sont de cinq ordres : 1) faciliter les contacts avec les institutions locales par l’accès aux sites, aux archives et aux collections des musées, ainsi que pour l’obtention de reproductions photographiques ; 2) faciliter les recherches grâce à sa bibliothèque spécialisée sur la Grande-Grèce, mais aussi sur l’histoire des techniques ; 3) participer à l’animation de la recherche en organisant ou en accueillant des conférences, des tables rondes et des colloques ; 4) publier, en tant qu’éditeur, des monographies, des thèses de doctorat, ainsi que des actes de colloque et de séminaires. Son catalogue comporte actuellement plus de cent titres, dont 17 sont commercialisés en ligne sous différents formats à l’adresse suivante : http://books.openedition.org/pcjb/; 5) former enfin les étudiants à et par la recherche sur ses chantiers de fouille et au sein du laboratoire. Le Centre Jean Bérard dispose également de chambres d’hôtes pour des séjours de brève et longue durée.

 

  • Départ de Procida

La côte des Champs Phlégréens

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Un article de Brigitte Marin.

 

Le 16 octobre, en compagnie de Claude Pouzadoux, directrice du Centre Jean Bérard de Naples, nous sommes parties de Procida pour rejoindre les Champs Phlégréens dont nous avons longé la côte, dans le golfe de Pozzuoli (l’antique Puteoli), pour lire dans ce paysage volcanique mythes et légendes, traces d’occupation ancienne et usages actuels du littoral.

La zone, avec une quarantaine de cratères et ses lacs volcaniques, a été densément occupée sous l’Antiquité. Les Grecs, qui abordèrent d’abord à Ischia pour y installer un comptoir commercial, vinrent ensuite s’établir à Cumes, pour y fonder une véritable colonie. Mais c’est avec les Romains que la région se développe considérablement, et connaît une occupation humaine inégalée par la suite, liée à trois fonctions : militaire, avec le port de Misène ; commerciale, puisque Pouzzoles était le grand port de la capitale, Rome, et permettait son ravitaillement ; récréative, enfin, avec les immenses villas de grands personnages et des empereurs, comme celles de Marius, Pompée, César ou Lucullus… Le paysage de Baia se caractérisait par plusieurs constructions de ce type, dont on peut imaginer la situation et l’ampleur en observant aujourd’hui le château aragonais qui, au XVe siècle, s’est installé sur les ruines d’une de ces fastueuses résidences. Les eaux poissonneuses, la fertilité de la terre volcanique, les routes commerciales favorisèrent ces établissements, dans des lieux où les Anciens situaient un ensemble de mythes et de fables liés à ces éléments naturels exceptionnels. Un parc archéologique sous-marin, dans lequel Solène et Amélie font une plongée, conserve les restes de cette occupation antique sur des rives submergées par la mer à cause de l’élévation des terres, affectée par le bradyséisme (ce lent mouvement de remontée et de baisse du niveau de la côte, d’origine volcanique).

Ces lieux connurent une notoriété exceptionnelle, pour leurs curiosités naturelles et les vestiges de l’Antiquité, jusqu’à ce que l’activité du Vésuve, au XVIIIe siècle, et la découverte des villes ensevelies par l’éruption de 79 ap. J.-C., Pompéi et Herculanum, attirent les voyageurs sur la côte orientale. On a désormais oublié cette destination majeure du Voyage d’Italie, lorsque les visiteurs, nourris de littérature classique, venaient en contempler les sources, face à des ruines imposantes, comme celles du gigantesque complexe thermal que nous fait visiter Pierfrancesco Talamo, responsable du parc archéologique des thermes (Surintendance archéologique de la Campanie).
Nous pouvons reprendre à notre compte les mots d’un voyageur de la fin du XVIIIe siècle, F.J.L. Meyer : « Ce sont ces vestiges apparents de la haute antiquité qui entraînent le spectateur dans une illusion féconde, où les scènes du passé prestigieux revivent devant lui. Ce sont eux qui, après tant de siècles évanouis, retracent de façon suggestive la grandeur inégalable de ce peuple. Alors, saisi d’étonnement et de respect, on voit l’ombre sublime de Rome surgir de son tombeau ». Il notait aussi combien l’occupation de cette zone avait changé, le luxe laissant place, au fil des siècles, à l’exploitation modeste d’un littoral désolé : « une misérable population de pêcheurs habite de petites cabanes de bois sur les lieux même où s’élevait cette Baia splendide, avec la longue suite de ses palais qui lui donnait l’aspect d’une ville de marbre. Sur ces côtes où les Romains s’enivraient de toutes les voluptés, les habitants gagnent à peine leur subsistance par la pêche ou la vente de petits objets antiques, pierre, monnaies, lampes, idoles et autres choses semblables qu’ils trouvent en mer ou quand ils bêchent leurs vignes. L’air même de Baia, dont on vantait jadis la salubrité, n’est plus ce qu’il était. Les eaux stagnantes des nombreux marécages répandent des vapeurs malsaines, le lin mis à rouir dans les lacs, pendant l’été, dégage une odeur insupportable ». La nouvelle urbanisation de la zone est du reste récente, à partir des années 1930, et surtout après-guerre.
Nous quittons ensuite ces rivages pour nous acheminer vers le port de Naples. Le cône du Monte Nuovo qui s’éleva en quelques jours, en septembre 1538, nous rappelle la puissance de la nature, nous croisons l’îlot de Nisida et sa prison, les installations de l’ancienne aciérie de Bagnoli, une zone à bonifier pour de nouveaux usages. Nous remarquons, dans cet espace liquide, la grande quantité de déchets en surface ; les rejets de polluants variés à la mer sont ici un problème récurrent. Puis nous entrons dans le golfe de Naples, et observons les falaises de tuf jaune du Pausilippe, si caractéristiques. Nous croisons le parc de la Gaiola, les collines densément urbanisées de la métropole et, enfin, son port d’où sortent et entrent les bâtiments d’un intense trafic de voyageurs.
Un documentaire vidéo sera ultérieurement mis en ligne pour illustrer les singularités naturelles et humaines de ce trait de côte.

 

La pêche dans le Golfe de Naples

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Entre nature et histoire : la pêche dans le Golfe de Naples (XVIIIe-XIXe siècle).

Un article d’Alida Clemente, traduit par Brigitte Marin.

 

Alida Clemente, historienne, nous a rejoint le 15 octobre à Procida. L’expédition, au fil de l’enquête auprès des pêcheurs rencontrés notamment dans les petites îles, a permis d’observer le déclin considérable, ces 15-20 dernières années des petits métiers de la pêche, avec une forte diminution du nombre des pêcheurs et des embarcations équipées. Un malaise qui se traduit aussi par une dénonciation et une incompréhension des normes européennes ou nationales, peu attentives aux contextes locaux. Certains annoncent la disparition prochaine de certaines pêches, faute de pouvoir continuer à en vivre, avec leur patrimoine de savoirs vernaculaires et de cultures. Pourtant, dans certains lieux, comme la Corricella à Procida, les anciennes pratiques se poursuivent (cf. Billet “Rencontres à Procida). Nous avons interrogé Alida Clemente pour replacer cette situation dans une perspective historique. Une vidéo de cet entretien sera prochainement mise en ligne (B. Marin).

 

S’il est banal de rappeler que la mer a constitué, dès les premiers établissements humains, l’horizon géographique et identitaire des populations du Golfe de Naples – l’évocation de la Sirène Parthénopé, sur le tombeau de laquelle fut fondée la ville, nous le rappelle avec force –, la relative pauvreté des ressources halieutiques que la mer Tyrrhénienne a historiquement offertes à une dense population est une donnée moins connue. L’histoire de la pêche dans le Golfe est caractérisée par ce déséquilibre : bien que faisant vivre une part importante (mais difficilement quantifiable) de la population du Golfe, les activités de pêche ne furent jamais une source suffisante de subsistance pour ceux qui l’exerçaient, ni ne garantissaient un approvisionnement abondant des marchés alimentaires. Le poisson frais constituait, entre XVIIIe et XIXe siècle, une denrée destinée à une consommation d’élite. Aussi, le métier de pêcheur était-il exercé, selon les circonstances, alternativement avec d’autres activités : le cabotage, le commerce de contrebande, et aussi, dans certaines zones plus que d’autres, l’agriculture. En outre, la consommation populaire était satisfaite, en grande partie, par l’importation de poissons atlantiques salés et séchés, ou de poissons frais pêchés dans l’Adriatique et acheminés par la mer jusqu’au grand marché de consommation de la capitale.

Les raisons de la pauvreté de cette pêche locale étaient en première instance liées à des facteurs environnementaux. La conformation de la mer Tyrrhénienne est celle d’une plateforme continentale étroite qui descend rapidement à de grandes profondeurs à proximité de la côte. Des traits caractéristiques de la pêche napolitaine en découlent : une pêche côtière, effectuée avec des engins simples et produits par ceux-là mêmes qui exercent cette activité. Même ce qui est défini dans la documentation administrative du XIXe siècle comme une “pêche au large”, était en fait une pêche côtière de moyenne hauteur pratiquée notamment dans la mer Ligure : celle des Etats pontificaux, de la Toscane, en poussant jusqu’aux eaux de la France méridionale, où les pêcheurs napolitains s’avançaient périodiquement, à la recherche de bancs moins exploités, effectuant ainsi une véritable transhumance maritime.

Cependant, comme le notent déjà les réformateurs du XVIIIe siècle – un phénomène qui devient évident ensuite au début du XXe siècle – cette pauvreté de la pêche était en réalité à la fois environnementale et sociale. Les “agriculteurs de la mer” comme les définissait Mario Pagano à la fin du XVIIIe siècle, étaient dépendants de marchands grossistes, avantagés par le système corporatif d’Ancien Régime. Les contrats de vente anticipée cachaient d’importantes pratiques usuraires : le crédit ainsi consenti aux pêcheurs pour qu’ils puissent exercer leur activité était remboursé chèrement au moment de la remise du poisson à ceux qui le distribuaient. Cette dépendance de la pêche du ‘capital marchand” et du groupe des “capiparanza” (grossistes) a été une constante de l’organisation du travail et du marché du poisson, même après la libéralisation de ce marché à la fin du XVIIIe siècle, et la suppression des corporations alimentaires au début du siècle suivant.

Exercée avec des moyens modestes et précaires, la pêche locale était liée à des traditions, des usages et des connaissances qui constituaient un savoir-faire du métier, transmis au fil du temps jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. La localisation des bancs de poissons, la connaissance des périodes de reproduction des différentes espèces, l’adoption de régles adaptées, parfois mentionnées dans les statuts mêmes des corporations qui organisaient les métiers de la pêche à l’échelle locale, étaient les éléments d’un savoir empirique sur lequel s’était fondé pendant des siècles, un équilibre entre les hommes et les ressources de la mer.

Au cours du XVIIIe siècle, cet équilibre commence à se briser sous l’effet d’une pression démographique croissante et d’innovations techniques qui ne tardent pas à manifester leur potentiel d’épuisement des ressources : au milieu du siècle commence en effet à se diffuser la pêche “a strascico”, exercée par deux embarcations (“paranzelli”) de tonnage moyen tirant les filets, qui permettait des prises bien supérieures à celles consenties par les techniques communément utilisées (filets dits “di posta”, “di parata”, “di circuizione”). Le conflit social suscité par cette innovation, entre quelques “capitalistes” mettant en oeuvre cette nouvelle modalité de pêche et les pêcheurs “traditionnels” qui percevaient cette pratique comme “extérieure” et la dénonçaient, fut à l’origine d’une des premières réglementations à caractère environnemental : “De nautis et portubus” (1785) limitait les périodes et les conditions de l’exercice de la pêche “a strascico”.

Au cours du XIXe siècle, la diffusion de moyens de pêche plus destructifs (la dynamite par exemple) était le symptôme d’une pression croissante sur la ressource et de l’inefficacité de la réglementation centrale qui, du reste, se limitait, dans une optique libérale, à émettre des règles accompagnées de peines légères pour les contrevenants. Un ensemble de facteurs concourent alors à appauvrir progressivement les pêcheurs, qui deviennent un groupe marginalisé : le déclin du système de “protection sociale” que constituaient les corporations, le poids croissant du marché en gros, les mutations institutionnelles (comme par exemple la levée triennale obligatoire avec l’Unité d’Italie) et, enfin, la crise environnementale qui se manifesta dans les deux dernières décennies du siècle avec la réduction des ressources halieutiques.. Dans l’imaginaire des décideurs et des hommes de sciences, ces métiers semblent même destinés à disparaître face au progrès. Une des issues de cette crise fut, comme pour d’autres composantes du secteur d’activité primaire (l’agriculture), l’émigration, mesurable à la diminution relative du nombre des pêcheurs. Les recensements en témoignent, à partir de 1901. Ce fut aussi dans ces années qu’émergea une nouvelle approche des difficultés de la pêche, plus sensible à la question sociale et économique qui était à la base du problème environnemental de la surexploitation des ressources : la pauvreté diffuse, la compétitivité croissante, la dépendance des pêcheurs par rapport au capital marchand furent affrontés en favorisant les coopératives et en mettant en oeuvre des mesures de protection sociale. La difficulté de concilier les exigences de développement du secteur (qui s’engageait dans la révolution de la motorisation) avec celle de la conservation de la ressource, dans le cadre d’un progrès technique qui, dans ce domaine productif avait précocement manifesté ses “côtés noirs”, restait cependant entière.

Pour en savoir plus : Alida Clemente, Il mestiere dell’incertezza. La pesca nel Golfo di Napoli tra XVIII e XIX secolo, Naples, 2005.

 

Vivre aux îles Pontines

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Un article d’Orianne Crouteix.

 

Les îles Pontines regroupent Palmarola, Ponza, Zannone, Ventotene et Santo Stefano. Ces îles d’origine volcanique sont des cratères effondrés. Les trois premières sont issues de la même chaîne volcanique qui se prolongent au-delà d’Anzio sur le continent, alors que Ventotene et Santo Stefano appartiennent à la zone volcanique de la baie de Naples.
Les habitants de Ponza perçoivent Palmarola et Zannone comme leur « appartenant ». Zannone, l’île la plus au Nord, est un parc naturel, où l’accès est très réglementé. Certains habitants disent : « on nous a pris Zannone, il ne faut pas nous prendre aussi Palmarola ».

Les 1 700 habitants de Ponza se répartissent en deux villages. Historiquement, ils allaient trouver refuge à Palmarola, lors des rafles sarrazines et barbaresques. Ils se cachaient notamment dans les habitats troglodytes qui servaient aussi pour l’élevage de caprins. Aujourd’hui, certains « Ponziens » ont une maison secondaire sur Palmarola, et la plupart citent cette île comme un lieu emblématique de l’archipel. Ils en parlent comme d’un « petit paradis ». Il y a un habitant qui vit toute l’année à Palmarola.

La pêche et l’agriculture étaient les principales ressources de Ponza. Aujourd’hui la plupart des terrasses sont en friches. Certains pêcheurs pensent que d’ici 20 ans ces secteurs ne seront plus du tout compétitifs et complètement abandonnés (cf. article sur la pêche du 15 octobre).
À Ventotene, il y a moins de 200 habitants à l’année. Santo Stefano qui lui fait face était un îlot carcéral (cf. article du 25 octobre). Le nouveau port de Ventotene qui accueille les bateaux de plaisance et les navettes pour le continent est juxtaposé au port romain taillé dans le tuf. La spécialité de Ventotene est la culture des lentilles et nous les avons goûtées en soupe. Cette petite île, que les jeunes quittent dès l’âge de 14 ans pour aller poursuivre leur scolarité ailleurs, souffre d’un dépeuplement qui préoccupe les habitants, car la population hivernale est de plus en plus réduite. Enfin, l’érosion terrestre est très importante à Ventotene, cette île a perdu plus de 2% de sa surface entre 1945 et 1990, et les habitants parlent de l’érosion comme d’une menace majeure.

Bien que ces îles appartiennent à l’archipel des Pontines, il n’existe pas vraiment de liens entre Ventotene et Ponza : ce sont deux communes différentes et il n’y a pas de liaisons maritimes directes.
Économiquement, ces îles dépendent essentiellement du tourisme estival. Par exemple, la population de Ponza passe de 1 700 habitants à 40 000 l’été, le nouveau port de Ventotene peut accueillir plusieurs dizaines de bateaux de plaisance. Il existe de nombreux hôtels et restaurants, et les liaisons maritimes avec le continent sont bien plus fréquentes l’été.

 

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Ile de Santo Stefano

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Santo Stefano, île carcérale.

Un article de Brigitte Marin.

 

Le 13 octobre, nous avons rencontré au Musée de Ventotene, Salvatore Schiano di Colella qui, avec son association culturelle « Terra Maris », œuvre depuis 1988 à la connaissance d’un monument exceptionnel : la prison de Santo Stefano, l’îlot-forteresse qui jouxte Ventotene.

Si les pénitenciers ne manquent pas sur les îles méditerranéennes, celui-ci est assurément hors du commun, par sa forme, sa situation, son histoire et sa richesse patrimoniale. Après avoir officiellement fermé ses portes, en 1965, l’édifice fut abandonné, et il fallut la passion de Salvatore pour les pages d’histoire qui s’écrivirent entre ses murs pour susciter l’attention des autorités comme des visiteurs de passage, et faire reconnaître ce patrimoine insulaire unique. Ce sont à nouveau 4 000 visiteurs que Salvatore a conduit sur l’îlot l’été dernier.
Sa construction est contemporaine du peuplement des deux îles de Ponza et Ventotene par les Bourbons au XVIIIe siècle et, comme pour les infrastructures de Ponza, les concepteurs en furent Antonio Winspeare et Francesco Carpi au début des années 1790. Après plusieurs années de durs travaux effectués par des forçats, le pénitencier fut inauguré en 1797. L’architecture en est particulièrement remarquable, car elle illustre concrètement les réflexions de Jeremy Bentham qui, dans les années 1780, imagina une architecture carcérale « panoptique » pour une efficace surveillance des détenus : une tour centrale de gardiennage permet d’observer aisément toutes les cellules disposées autour d’elle. Cette idée naît dans le contexte d’une redéfinition de l’incarcération comme peine propre à transformer le criminel, à le discipliner et à rectifier son comportement.

Ce dispositif de surveillance, étendu à la caserne, à l’école, à l’hôpital ou à l’usine a inspiré à Michel Foucault, dans son ouvrage Surveiller et punir (1975), sa thèse sur l’avènement, à la fin de la période moderne, d’une société disciplinaire, avec ses techniques de pouvoir sur les corps. L’ouvrage de Bentham est traduit en français en 1791. Si la prison de Santo Stefano semble construite sur ce modèle, c’est cependant avec des adaptations. Salvatore Schiano di Colella nous fait remarquer que, dans ce cas, ce n’est pas la tour de gardiennage qui est située au centre, mais la chapelle, pour la moralisation et la pénitence des reclus. Le plan, en fer à cheval, reprend celui du théâtre San Carlo de Naples, mais dans une perspective renversée : la scène, où est situé le poste de garde, regarde les loges-cellules, ainsi dominées par ce regard omniscient, qui ne laisse aucune échappatoire.
En outre, la position et la conformation même de l’îlot peuvent expliquer son choix pour une construction de cette nature. Lambeau de terre volcanique émergée, de forme ronde et élevée, Santo Stefano, bien que proche de Ventotene, est d’un accès difficile, sans abri naturel, et dès que la mer s’agite un peu, il devient inabordable, ce qui était du reste le cas lors de notre bref séjour. Cependant, par temps clair, il constitue un point d’observation remarquable, en direction de la côte napolitaine comme de Ponza ou de Zannone. Nul doute qu’une flotte s’en approchant pouvait être repérée à distance. Mais cette immense étendue liquide était cachée aux détenus dont le seul horizon était la cour centrale du bâtiment.
Enfin, cette architecture carcérale a connu une histoire singulière. Elle accueille en effet, aux côtés des criminels de droit commun, des opposants politiques aux régimes successifs, et de ce fait, de nombreux mémoires de ces hommes en ont retracé la vie au quotidien. Dès 1799, lorsque le mouvement jacobin qui avait donné naissance à une brève république de six mois est durement réprimé lors de la restauration des Bourbons, les révolutionnaires qui n’ont pas été immédiatement exécutés sont enfermés dans cet édifice, comme plus tard des protagonistes des mouvements libéraux ou des anarchistes. Sous le régime fasciste, des opposants comme Sandro Pertini, président de la République italienne de 1978 à 1985, y sont incarcérés. Santo Stefano reflète ainsi l’histoire politique mouvementée de l’Italie contemporaine. Sa valeur patrimoniale tient à son architecture singulière, unique au monde, comme à cette mémoire. Son état nécessite aujourd’hui d’importants travaux de réfection, pour conserver et transmettre à la postérité un monument qui incarne un des destins possibles des îles de Méditerranée.

 

 

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Escale à Naples (II) : le village de Cetara

Cetara et la fabrication de jus d’anchois.

Un article de Sylvie Laurens.

 

Le dimanche 18 octobre, l’équipe prend la route pour Cetara, en compagnie de l’archéologue Emmanuel Botte (CCJ, MMSH) qui a fait spécialement le déplacement depuis le chantier de fouille qu’il dirige actuellement en Croatie. Nous retrouvons sur place l’archéozoologue Alfredo Carannante ainsi que Jean-Pierre Brun, professeur au collège de France, pour des entretiens croisés, visant à tirer le fil depuis l’antiquité jusqu’à nos jours : du garum à son équivalent contemporain, la « colatura di alici » (jus d’anchois).

La « colatura di acili » est une spécialité bien connue de Cetara dont la production est aujourd’hui assurée par l’entreprise Nettuno : Giulio Giordano a illustré toutes les phases de cette fabrication, et les singularités de ce savoir-faire ancestral. Dans sa famille, on exerce ce métier depuis trois générations. Fondée sur les ressources halieutiques locales, la pratique est unique en son genre, hier comme aujourd’hui. Pour produire 1,6 litre de « colatura », une vingtaine de kilos d’anchois, 4 mois de salaison, et une longue maturation sont nécessaires. Dans l’Antiquité, nous apprend Alfredo Carannante, le garum était utilisé bien plus largement à la place du sel, en raison de ses exceptionnelles vertus, aujourd’hui attestées (pauvre en salinité, riche en Omega 3).

 

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Escale à Naples (I) : l’arrivée

Classé dans : Journal de bord 2015, Sciences | 2

Les 16 et 17 octobre : l’arrivée à la base navale, la découverte du port antique.

Un article de Sylvie Laurens.

 

Après Marseille, Sillage-Odyssée aborde les rivages d’une autre grande ville, Naples, une agglomération de 3 millions d’habitants. Dans cette métropole, où tragique et sublime semblent se côtoyer, la splendeur des paysages et de l’architecture se mêle au chaos urbain. La vie est là, grouillante et chaleureuse, entre Vésuve et mer. Dans cette ville changeante comme le temps qu’il fait, il convient d’épouser le courant. Et c’est ce que nous ferons tout au long de cette escale.

Arrivé à bord du catamaran Catana le mercredi 16 octobre vers 17h, l’équipage de Sillage était attendu par les plus hautes autorités de la Marine militaire napolitaine : les amiraux Marzano et Caruso, le commandant de Bonis. Le Consul de France, parrain de cette étape, était également présent pour accueillir l’équipage, ainsi que des représentants des principaux partenaires pour cette escale : le Centre J. Bérard, dirigé par Claude Pouzadoux, l’Institut français, la Surintendance archéologique de la Campanie… Brigitte Marin, historienne qui a étudié Naples au XVIIIe siècle, a sollicité des chercheurs de la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme, comme des universités et organismes de recherche sur place, pour éclairer la complexité de ce littoral et de son occupation humaine sur la longue durée de son histoire. Dès le lendemain du brindisi qui salue cette arrivée, les activités s’enchaînent avec une grande intensité : un programme riche et varié qui conjugue actions scientifiques, actions pédagogiques et tournages.

Le samedi 17 au matin, l’équipe de Sillage effectue une visite commentée et filmée de l’exposition Stazione Neapolis, en présence de Daniela Giampaola, archéologue responsable du Centre historique de Naples, Surintendance archéologique de la Campanie, de Beatrice Roncella, archéologue, collaboratrice à la surintendance, et de Giulia Boetto, spécialiste d’archéologie navale (CCJ, MMSH). Elle s’est ensuite rendue sur le chantier du métro, piazza Municipio, qui a permis de renouveler complètement nos connaissances sur le port antique et la ligne côtière de Neapolis, la ville gréco-romaine. Comment ne pas être submergée d’émotion à la vue des traces les plus anciennes connues à ce jour du port romain et même hellénistique (IIIe s. av. J.-C.)…
Dans le même temps, le sondage auprès de la population effectué à chaque escale se poursuit.

 

  • La Corricella
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Rencontres à Procida

L’Istituto nautico et le petit port de pêche de La Corricella.

Un article de Brigitte Marin.

 

Le 15 octobre au matin, l’équipage de Sillage a été reçu à l’Istituto di Istruzione Secondaria Superiore, Istituto tecnico navale F. Caracciolo – IM G. da Procida, où des collégiens et des lycéens ont présenté leurs réalisations vidéo sur l’identité de l’île. Ces réalisations ont été faites dans le cadre du projet éducatif lié à Sillage-Odyssée et coordonné par Christophe Chillio de l’Institut français de Naples. L’une met en images les écrits des voyageurs français du XIXe siècle, dont la vision romantique prend appui sur des éléments topographiques, paysagers et culturels singuliers de Procida, l’autre sur la pêche et ses savoir-faire, à travers des entretiens de pêcheurs.
Auparavant, l’équipe municipale avait ouvert le débat sur les relations des Procidiens avec la mer, sur les patrimoines culturels insulaires et les politiques locales de préservation du milieu naturel avec les interventions de Giuditta Lubrano Lavadera, maire adjointe et déléguée à l’environnement, de Giovanni Scotto di Carlo, délégué au tourisme et au sport, de Bartolomeo Scotto di Perta, délégué à la pêche, et de Nico Granito, délégué à la culture.

G. Lubrano a insisté sur le partage des problèmes avec les localités voisines (Monte di Procida, Bacoli, zone phlégréenne) et sur la recherche de solutions communes. Elle a plus particulièrement souligné trois points : l’importance du traitement des eaux usées et de la limitation des rejets à la mer (ceux-ci avaient aussi été signalés comme un problème majeur lors de la table ronde de Marseille, le 26 septembre dernier) ; la tutelle, sous la forme d’aires marines protégées, qui ne devrait pas prendre la forme d’un cadre de contraintes imposées, mais offrir une opportunité de développement de la mer et de ses cultures, en permettant des usages qui ne dégradent pas le milieu ; enfin, la protection nécessaire des multiples accès historiques à la mer (petits escaliers et chemins) car la mer, “le premier des biens communs”, doit être accessible à tous.

Les intervenants ont tous insisté sur le socle de traditions et de cultures locales sur lequel peut prendre appui un développement touristique de qualité. L’Institut Nautique, le plus ancien d’Italie, qui a fêté ses 180 ans en 2013, est par exemple un des marqueurs de l’histoire particulière de cette île. C’est cette conscience de l’identité insulaire, associée à une ouverture aux échanges internationaux, qui a conduit à mettre en valeur l’histoire de l’émigration et ses mémoires, dans la perspective de former un réseau des communautés originaires de Procida et d’Ischia dispersées sur les rives de la Méditerranée, notamment sur le littoral français, comme à Saint-Mandrier (Var), et bien au-delà sur le continent américain (voir l’association fondée en 2003 par Pascal Scotto di Vettimo : http://www.procida-family.com/index.htm).

Par ailleurs, l’aire marine protégée mise en place en 2008, appelée Regno di Nettuno, qui comprend l’île de Procida, devrait évoluer vers une gestion permettant de créer une véritable synergie avec les pêcheurs qui contribuent encore fortement à la définition de cette identité culturelle. Nous avons pu l’observer à La Corricella, où nous avons conduit un long entretien avec Maria, la seule femme exerçant la pêche sur l’île, et avec Francesco. Il y a là aujourd’hui une quarantaine de pêcheurs, mais ils étaient bien plus nombreux il y a une vingtaine d’années, lorsque 14 “cianciolle”, ces barques pour la pêche du “pesce azzurro” (anchois, sardines), avec chacune 13 hommes d’équipage, se pressaient dans cet abri.
Nous avons pu également interroger Alida Clemente, historienne (Università di Foggia), qui nous a dressé un cadre général de l’organisation de la pêche dans le golfe de Naples au cours des derniers siècles.

Après les échanges en salle, les lycéens nous ont fait visiter le petit Musée de la mer de l’Istituto Nautico présentant des maquettes de bateaux, des instruments de navigation, certains très anciens, et une réalisation des élèves faite pour l’exposition de la marine à Gênes en 1914 (plan relief de la Baie de Naples).

 

Etat des lieux écologique des petites îles

Classé dans : Sciences | 1

Etat des lieux écologique des petites îles de Méditerranée.

Un article d’Orianne Crouteix.

 

L’Initiative PIM a mis en place une feuille de route pour décrire les micro espaces insulaires. Celle-ci est conçue pour être utilisable par tout gestionnaire d’île ou tout observateur-prospecteur après une petite formation, et Sillage-Odyssée est un support tout à fait adapté permettant notamment d’atteindre des îlots encore peu ou pas explorés.

Lors de l’expédition nous avons traversé l’archipel toscan et l’archipel des îles Pontines. Au niveau de l’archipel toscan, nous avons réalisé cet état des lieux sur Scoglio di Portoferraio, Isola di Topi, Isola di Palmaiola, Isola di Cerboli. Dans l’archipel des Pontines, cette feuille de route a été utilisée à Dentro di Fuori au large de Palmarola, à Scoglio della Madonna, à Scoglio Rosso et à Scoglio Ravia, proche de l’entrée du port de Ponza.
Pour chaque îlot deux membres de l’équipage accostent à l’aide de l’annexe et recherchent le maximum d’informations possible.
L’état des lieux se divise en deux parties, la première rassemble les données générales et la seconde les données biologiques.
Pour la première partie, il est possible de trouver de nombreux documents sur les informations réglementaires et socio-économiques (réglementation des activités, statuts de protection, population à l’année…), d’obtenir des informations cartographiques (comme la distance à l’île principale, à la côte, la superficie de l’île, le linéaire côtier…) et, en interrogeant les gestionnaires, d’avoir des informations sur les statut de propriété, la fréquentation touristique, les actions de gestion effectuées…). Il faut néanmoins souvent compléter ces données par des observations directes sur le terrain, par exemple pour recenser la présence de sources, décrire les différents habitats et savoir s’il y a des espèces animales ou végétales envahissantes.
La seconde partie de cet état des lieux consiste à initier un inventaire de la faune et de la flore, en traversant l’îlot, en observant les différentes espèces végétales, et en relevant des indices de présence tels que des crottes, des traces de prédation, des coquilles vides de gastéropodes, etc. Nous prélevons ces indices et parfois quelques spécimens qui seront étudiés à notre retour par des naturalistes. Il est important de faire le tour de l’îlot, pour traverser les différents habitats présents, et de monter au sommet où on trouve souvent de nombreuses pelotes de réjection.

Parallèlement à l’exploration terrestre, une exploration sous-marine est effectuée selon un protocole mis en place par Septentrion Environnement (cf. l’article du 17 octobre « De petite île en petite île »).

La principale difficulté rencontrée est l’accessibilité de ces îlots. Certains sont très sauvages et leurs parois sont abruptes, il est parfois impossible d’accoster. Sur d’autres îlots nous n’avons pas pu monter au sommet, en raison de la densité de la végétation.
Toutes les données recueillies alimenteront la base de données de l’Initiative PIM. Cette base de données sera utilisée afin de réaliser l’atlas encyclopédique à destination des gestionnaires, des scientifiques et des institutions. L’objectif de cet atlas est de recenser les données disponibles à propos de ces petites îles de Méditerranée et d’élaborer une stratégie à l’échelle méditerranéenne pour les protéger, et conserver la biodiversité qu’elles accueillent.